Les outils cartographiques en gestion de crises

Posted by Jimmy Perron on 28 January 2010 | 0 Comments

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La société humaine et son organisation sont très vulnérables à plusieurs types de crises (maintien de l'ordre, désastres naturelles, terrorismes, ...). Ces crises sont souvent d'une magnitude accablante, très dynamiques et demandent une réponse immédiate [Scherlis et al, 1999]. Afin de gérer la complexité et la nature incertaine de l'événement, les décideurs travails souvent en équipe, échangeant de l'information et de la connaissance afin de prendre des décisions plus éclairées. Selon [Muntz et al, 2003], la majorité des données, informations et connaissances sous-jacentes à la crise et la gestion d'une crise sont de nature géospatiale. Il faut donc être en mesure de récupérer et d'utiliser efficacement ces informations lors d'un événement.

Même si le domaine des systèmes d’information géographique (SIG) se développe rapidement et que de plus en plus de produits et de technologies sont disponibles, l’information critique reste difficilement accessible en temps de crise. Des recherches et études récentes [Zerger & Smith, 2003] montrent que les décideurs préfèrent encore les cartes papiers (préparées par des géomaticiens avant l’événement) aux cartes diffusées par ordinateur. La perception et les commentaires des utilisateurs de ces recherches pointent certains problèmes reliés aux SIGs en temps de crise :
•   Difficile d’être utilisé directement par le gestionnaire lui-même
•   Incapable de répondre aux questions en un temps raisonnable
•   Manque de pertinence spatiale et temporelle dans l’information présentée
•   Difficulté d’échanger de l’information avec les autres membres de l’équipe

Dans le cycle d’une gestion de crise (prévention, préparation, réponse, retour), la phase de réponse est celle qui demande un accès immédiat à l’information et aux ressources afin de caractériser et d’organiser rapidement la réponse à la situation [Williams et al, 2000]. Bien que l’utilité de l’information géographique pour la réponse à une crise est bien documentée, des évidences [Zerger & Smith, 2003][Cahan & Ball, 2002][Kevany, 2003] montent bien que les décideurs préfèrent les cartes papiers et la connaissance humaine dans leur travail de gestion de crise plutôt que les informations proposées par les ordinateurs. Cependant, c’est exactement dans cette phase que les gestionnaires ont le plus grand besoin d’avoir accès rapidement à l’information géographique. La question à se poser maintenant est pourquoi cette résistance est-elle si présente ? Dans les recherches du centre GeoVista, MacEachren et son équipe propose [Cai et al, 2006] trois catégories de contraintes d’utilisation qu’il est nécessaire d’améliorer pour réduire la résistance des décideurs à utiliser les outils SIG.

Rapidité (traduction libre de « immediacy »)
La réponse à une crise est souvent une question de vie ou de mort [Kevany, 2003]. Les premières 24-72 heures est la période la plus critique en ce qui concerne l’activité reliée à l’information [Scherlis et al, 1999]. Le temps écoulé entre le besoin d’une information et son accès pour consultation doit être le plus court possible pour qu’elle soit utile. L’étude mené après les attaques du 11 septembre montrent que les systèmes d’information géographiques actuellement déployés pour le support des opérations ne tiennent pas compte le niveau de « rapidité ». Une configuration typique est que le décideur interagit rarement avec l’outil géographique directement. Il doit exposer ses besoins d’information à un spécialiste (géomaticien ou équivalent) qui les interprétera afin de produire une information qui sera finalement rendue disponible. Ce processus réduit considérablement le niveau de « rapidité » lorsque l’accès rapide à l’information est nécessaire [Egenhofer, 1995]. Cela contribue souvent à augmenter la résistance d’utiliser des cartes électroniques.

Pertinence
La pertinence de l’information est un critère important en gestion de crise. Le choix des sources de données spatiales ainsi que la compréhension de leurs limitations sont des éléments importants à considérer pour évaluer les risques potentiels lors d’une crise [Contini et al, 2000] [Chang et al, 1997]. L’utilité de l’information géographique est aussi influencée par la quantité de détails, l’échelle et le choix d’utiliser ou non certaines techniques de visualisations géographiques (agrégation spatiale, généralisation, …) [Van Beurden & Douven, 1999]. Des approches pour augmenter le niveau de pertinence de l’information géographique ont été proposées [Stein et al, 1995] suggérant d’améliorer l’interactivité entre le décideur et le SIG. Lorsque le décideur lui-même a la possibilité d’interagir efficacement avec l’outil, il peut facilement augmenter le niveau de pertinence de l’information en choisissant les couches affichées, l’échelle, et l’aspect graphique des éléments désirés.

Échange
Les cartes encodent les relations spatiales dans une représentation structurées. Ces représentations permettent de partager facilement la compréhension d’un phénomène géographique [MacEachren, 2000] et jouent le rôle d’un espace de travail commun pour les décideurs. Des études ont montrées que la diffusion visuelle et cartographique de l’information permettait d’accroître la participation collaborative dans le processus de gestion des risques [NRC, 1996]. Il faut donc permettre aux décideurs d’échanger efficacement de l’information et de faciliter la collaboration. Actuellement, [Zerger et Smith, 2003] ont observés que les gestionnaires d’urgences se servent souvent d’une table sur laquelle une carte papier est déposée. Cet espace partagé devient le centre de collaboration des décideurs. Il y a donc un besoin évident pour la géocollaboration en temps de crise lorsque l’accès à l’information pour tous les membres de l’équipe joue un rôle déterminant.

Les outils cartographiques commencent à apparaître dans les centres de commandement mais lorsqu’une crise survient, les gestionnaires ont tendance à retourner vers ce qui répond le mieux à leurs besoins. Si les SIG sont écartés rapidement, c’est parce qu’ils ne répondent pas efficacement aux besoins. Si les décideurs avaient accès à une technologie qui permet un accès rapide à une information pertinente et qu’ils peuvent efficacement collaborer pour gérer la situation, alors il est permit de penser que les cartes électroniques seront de plus en plus utilisés et qu’ils pourront améliorer le processus de gestion d’une crise.

Bibliographie
[Cai et al, 2006]
Cai, G., R. Sharma, A. M. MacEachren, I. Rauschert, and I. Brewer. (2006). Human-GIS Interaction Issues in Crisis Management. International Journal of Risk Assessment and Management. 4/5/6(4): 388-407

[Cahan & Ball, 2002]
Cahan, B. and Ball, M. (2002) GIS at Ground Zero: Spatial technology bolsters World Trade Center response and recovery, in GEOWorld. 2002. p. 26–29.

[Chang et al, 1997]
Chang, N.-B., Wei, Y.L., Tseng, C.C., and Kao, C.Y.J. (1997) 'The design of a GIS-based decision support system for chemical emergency preparedness and response in an urban environment'. Computer, Environment, and Urban System. 21(1) pp.67-94.

[Contini et al, 2000]
Contini, S., Bellezza, F., Christou, M.D., and Kirchsteiger, C. (2000) 'The use of geographic information systems in major accident risk assessment and management'. Journal of Hazardous Materials. 78(1-3) pp.223-245.

[Egenhofer, 1995]
Egenhofer, M. (1995) 'User interfaces', in Cognitive Aspects of Human-Computer Interaction for Geographic Information Systems, T. Nyerges, (Ed), Kluwer Academic Publishers: Dordrecht. pp.143-145.

[Kevany, 2003]
Kevany, M.J. (2003) 'GIS in the World Trade Center attack--trial by fire'. Computers, Environment and Urban Systems. 27(6) pp.571-583.

[MacEachren, 2000]
MacEachren, A.M. (2000) 'Cartography and GIS: facilitating collaboration'. Progress in HumanGeography. 24(3) pp.445-456.

[Muntz et al, 2003]
Muntz, R.R., Barclay, T., Dozier, J., Faloutsos, C., Maceachren, A.M., Martin, J.L., Pancake, C.M., and Satyanarayanan, M. (2003) IT Roadmap to a Geospatial Future, report of the Committee on Intersections Between Geospatial Information and Information Technology, Washington, DC: National Academy of Sciences Press.

[NRC, 1996]
National Research Council. (1996) Understanding risk: informing decisions in a democratic society. The compass series, Washington, D.C.: National Academy Press. 85.

[Scherlis et al, 1999]
Scherlis, W.L., Croft, W.B., Dewitt, D., Dumais, S., Eddy, W., Gruntfest, E., Kehrlein, D., Keller-Mcnulty, S., Nelson, M.R., and Neuman, C. (1999) Summary of a workshop on information technology research for crisis management, Washington, D.C.: National Academy Press

[Stein et al, 1995]
Stein, A., Staritsky, I., Bouma, J., and Vangroenigen, J.W. (1995) 'Interactive GIS for Environmental Risk Assessment'. International Journal of Geographical Information Systems. 9(5) pp.509-525.

[Van Beurden & Douven, 1999]
Van Beurden, A. and Douven, W. (1999) 'Aggregation issues of spatial information in environmental research'. International Journal of Geographical Information Science. 13(5) pp.513-527.

[Williams et al, 2000]
Williams, G., Batho, S., and Russell, L. (2000) 'Responding to urban crisis: The emergency planning response to the bombing of Manchester city centre'. Cities. 17(4) pp.293-304.

[Zerger & Smith, 2003]
Zerger, A. and Smith, D.I. (2003) 'Impediments to using GIS for real-time disaster decision support'. Computers, Environment and Urban Systems. 27(2) pp.123-141.